L'esclavage à la Martinique

ANCÊTRES ESCLAVES


Les sources secondaires

 - Avis de marronnage  et autres avis relatifs à des ventes

Le cahier de marronnage de la commune du Moule en Guadeloupe, qui a fait l’objet d’une édition [1], constitue un cas exceptionnel de document conservé. Les avis de marronnage sont généralement insérés, dès l’apparition de la presse locale, dans les Gazettes, puis au Journal officiel de la colonie. Leur intérêt est de donner une description physique de l’esclave marron, et tous les caractères susceptibles de l’identifier (profession, habitudes…). Pour la généalogie, cette source est difficile à exploiter car l’identification de l’individu est succincte.

Pour la période, un dépouillement exhaustif des avis de marronnage publiés dans la Gazette de la Martinique (1803-1806) a été réalisé par Lionel Trani. Il sera bientôt disponible sur le site de la BNPM et sera enrichi de dépouillements complémentaires.

Vous pouvez toutefois consulter les avis de marronnage pour Saint-Domingue.

-  Les papiers de plantation

Par nature privées, les archives des familles propriétaires d’habitations à esclaves ne sont pas aisées à localiser. Quand elles sont entrées dans les collections publiques, elles se trouvent dispersées dans toutes les régions françaises. Pour les connaître, on se reportera aux pages du guide consacrées à ce type de document. En leur sein, on peut rencontrer des listes d’esclaves ou des correspondances de géreurs relatives aux événements survenus dans les ateliers [2].

On citera en particulier

  • le fonds d’Espinay Saint-Luc sur l’habitation Leyritz (microfilm 1Mi 2092-2102
  • le fonds de l’habitation La Pagerie (au Musée régional d’histoire et d’ethnographie)

Le Code noir de 1685 oblige les curés à baptiser les esclaves et dispose que les solennités prévues par l’ordonnance de Blois et la déclaration de 1639 seront appliquées aux mariages des libres comme à ceux des esclaves. Cependant, la tenue des registres paroissiaux reste approximative, ainsi qu’en témoignent les observations des administrateurs. Dans les premières décennies, les curés inscrivent indistinctement libres et esclaves sur les mêmes registres. Aux Antilles, plusieurs ordonnances locales au cours du XVIIIe siècle précisent les obligations des curés pour la tenue de registres spéciaux pour les esclaves : en 1726 puis en 1758 en Martinique, en 1764 en Guadeloupe. A compter de cette date, les curés semblent avoir attaché plus de soin aux registres de baptêmes, mariages et sépultures d’esclaves, mais sans aller jusqu’à tenir en double ces registres, comme il est prescrit pour la Martinique en 1758 [3]. Après l’abolition, pour faciliter les légitimations d’enfants issus d’unions régulières (célébrées religieusement mais non déclarées à l’état civil) entre esclaves la loi du 6 décembre 1850 promulguée à la Martinique le 13 janvier 1851, stipule que les curés déposent tous leurs registres d’esclaves au greffe de la commune, ce qui semble avoir été peu observé [4].

Archives d’armements négriers, les listes d’Africains saisis sur les navires de traite illégale

C’est dans ce type de document qu’on espèrerait trouver des informations sur l’ancêtre déporté et sur son origine africaine. Malheureusement ces sources sont fort dispersées [3], comme pour les papiers d’habitation. On les trouve dans les archives des amirautés, des chambres de commerce, dans les fonds de négociants, ainsi que dans les fonds de l’inscription maritime du port d’armement. Il importe cependant de savoir que les dossiers relatifs aux armements de navires de traite ne comportent pas le plus souvent de liste nominative de leurs passagers forcés !

Il est déjà fort difficile de suivre le sort de ces esclaves une fois dispersés au cours de la vente. A plus forte raison, la méthode récursive de la généalogie ascendante rend-elle encore plus malaisé le lien entre les informations délivrées dans ces sources et celles qui auront pu être collectées sur les esclaves créolisés.

On peut toutefois, pour la période allant de la Restauration à l’abolition, pendant laquelle la traite est illégale, s’attacher, grâce aux sources judiciaires produites à l’occasion de la saisie des négriers clandestins, entendre la voix de ces Africains et explorer leur destin individuel [4].



[1] Voir l’encart consacré à ce document plus haut.

[2] Pour le sens ces mots habitation et atelier, voir le glossaire.

[3] Voir la présentation qui en est faite dans METTAS, Jean, Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle, éd. Par S. Daget, Paris, SFHOM, 1978. Se référer également aux pages consacrées aux archives d’amirauté dans ce guide.

[4] Les archives locales (greffes des tribunaux) et centrales (archives de la Marine et des colonies) gardent la trace de telles affaires, avec des listes nominatives, des interrogatoires. Pour illustrer ce type de démarche, on citera par exemple Françoise Thésée, Les Ibos de l’Améliedestinée d’une cargaison de traite clandestine à la Martinique 1822-1838, Paris, Editions caribéennes, 1986