L'esclavage à la Martinique

MÉMOIRES DE L'ESCLAVAGE


Mémoires orales

La mémoire familiale

S’il est possible d’interroger un parent qui a vécu les premières décennies du XXe siècle, quelques chances subsistent de découvrir des indices sur le temps de l’esclavage. En Martinique, plusieurs témoignages tendent à montrer que le souvenir des origines familiales est plus précis dans les familles issues des colons ou dont un ancêtre a acquis sa liberté avant 1848 (il se distingue ainsi de la masse qui n’est devenue libre qu’avec l’abolition), du fait d’une alliance, légitime ou non, avec un blanc [1] , en accédant au statut de propriétaire terrien : cela s’explique par le statut social plus élevé, et parce que la transmission des biens demande une connaissance de l’histoire familiale.



[1] Sur les stratégies matrimoniales et généalogiques, pensées ou impensées, voir Jean-Luc Bonniol, La couleur comme maléfice. Une illustration créole de la généalogie des Blancs etd es Noirs , Paris, Albin Michel, 1992. La question raciale liée étroitement à celle de la filiation a fait l’objet de nombreuses études sociologiques pour les Antilles, notamment les travaux de Michel Giraud, Jean Benoist…Il manque cependant une approche croisée des réalités et des représentations généalogiques sur des échelles assez vastes, malgré le travail de J.-L.Bonniol, ou l’étude en démographie historique de Myriam Cottias sur la famille antillaise.

La collecte des témoignages oraux

En Martinique

A partir de 1998,des récits familiaux sur l’esclavage en Martinique ont été collectés par Serge Bilé et Daniel Sainte-Rose et mis en ligne.

 

En 1972, Hugues Petitjean-Roget collectait des témoignages et chants de descendants d’esclaves et d’immigrants « congos » au Diamant. [2] 


Bien avant cette date, de trop rares collectes ethnographiques ont permis la collecte de témoignages mais aussi d’éléments du patrimoine culturel immatériel (langues créole, congo, tamoule,chants, musique, contes) remontant à l’esclavage. On peut citer les travaux d’Elsie Clews Parsons vers 1930 (voir ses archives conservées par l’American Philosophical Society), d’Anca Bertrand années 1960, des chercheurs du Centre de recherches caraïbes (sous la direction de Jean Benoist), d’Ina Césaire (plusieurs enregistrements donnés aux Archives départementales), et plus près de nous, de différents chercheurs en sciences sociales ou en littérature rattachés à l’Université des Antilles.


[2] Récit dans Cahiers du patrimoine, Esclavages, t. III, 2007 

Au Bénin

Un groupe d’étudiants béninois a lancé une grande collecte de témoignages oraux sur l’esclavage au Bénin, sur les personnes réduites en esclavage, soit pour le marché local, soit pour le commerce transatlantique au XIXe siècle. Cette mémoire a été transmise de génération en génération de façon coutumière: la généalogie et les récits d’histoire familiale font partie des savoirs que doivent maîtriser les jeunes gens au cours de leur initiation vodou. La base nominative détaillée qui en est née constitue une source intéressante sur les noms de famille et les origines africaines.