L'esclavage à la Martinique

REPÈRES HISTORIQUES


Résister à la condition d'esclave

De nombreuses formes de résistance des esclaves aux conditions qui leur sont faites sont aujourd’hui bien identifiées par les historiens. Radicales, elles ont pour but la liberté, mais plus souvent, elles visent à réduire l’exploitation (maintien des petits espaces de liberté menacés par de nouvelles méthodes des géreurs, revendication des « trois jours », soit un temps pour soi, en plus du samedi et du dimanche, la libre disposition d’un lopin…).


Les révoltes ou tentatives d’insurrection (dont la plus célèbre est la décisive insurrection des 21-22 mai 1848) sont les plus spectaculaires, mais les plus rares. Dès 1654, des esclaves marrons alliés aux Caraïbes attaquent les colons français à Saint-Pierre. A côté de vraies révoltes, comme les événements révolutionnaires en octobre-novembre 1790, l’affaire du Carbet en 1822 et l’affaire de la Grand-Anse (1833), la simple expression de revendications est sévèrement réprimée, comme la pétition des esclaves de 1789 ou le complot de Saint-Pierre (1831).

Les actes criminels contre les maîtres, mais aussi contre leurs propriétés, réels ou supposés (incendies, empoisonnements, coups et blessures, meurtres) restent aussi des expressions exceptionnelles. Ainsi, la Martinique est le théâtre d’une « épidémie » d’empoisonnements, qui culmine entre 1822 et 1826, qui tient plus de la psychose des maîtres que de la réalité d’une société secrète d’empoisonneurs.

La violence s’est aussi exercée contre soi-même, de façon récurrente : suicide, avortement, automutilation, de façon à mettre fin à l’insupportable oppression.


Enfin le marronnage a permis aux esclaves d’échapper au travail forcé. Le grand marronnage (soit par fuite vers les îles voisines, soit par établissement de camps dans les hauteurs) cède le pas au milieu du XVIIIe siècle, au petit marronnage (fuites pour des durées plus ou moins longues, vers les mornes ou vers la ville), dont il est difficile d’apprécier l’ampleur. Les derniers camps de marrons sont réduits à la fin du XVIIIe siècle. En revanche, l’émancipation dans les colonies britanniques en 1833 provoque un nouveau flux d’évasions vers l’étranger. En 1848, les autorités estiment, d’après les déclarations des propriétaires, à 2340 les esclaves évadés à Sainte-Lucie ou la Dominique, et à 280 les marrons de longue date.

Journal de France (1790), Arch. Dép Martinique 1J145

Des comportements aux motivations moins explicites relèvent à la fois de l’adaptation et de la résistance: il s’agit non tant de s’opposer au maître, que de maintenir une intégrité morale et sociale que la condition servile ne pourra abolir. En cela, le maintien ou la transformation de pratiques de sociabilité propres aux esclaves (sociétés d’esclaves, fêtes et cérémonies), de croyances religieuses, la transmission de savoirs et de savoir-faire ont façonné la société esclavagiste, tout en en permettant la très progressive subversion.