L'esclavage à la Martinique

REPÈRES HISTORIQUES


La société  esclavagiste

Ordre social et discrimination
 

Femme Mulatre de la Martinique accompagnée de son Esclave - Archives départementales de la Martinique, 15Fi 126

Code Noir, 1742, Arch. Dép. Martinique, Rés. 8° 5

 

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, l’ordre social esclavagiste conserve une certaine porosité, notamment par le métissage. Mais face à l’augmentation de la classe des « affranchis » (esclaves affranchis et leurs descendants), les colons ont besoin d’asseoir leur domination par des règlements. Colbert, par l’édit de mars 1685, dit Code noir fixe le statut juridique des esclaves et des affranchis.


« Nègre » devient synonyme d’esclave. Au milieu du XVIIIe siècle, l’obsession de la société esclavagiste est de « maintenir la ligne de démarcation qui a toujours existé entre la classe blanche et celle des affranchis ou de leurs descendants » [1]  : les règlements locaux tendent à les exclure de l’égalité des droits avec les autres libres, les blancs (droits civils limités, interdictions vestimentaires, sur le choix du nom). La racialisation de la société s’exprime à travers la large gamme de termes désignant un individu par son phénotype (câpre, mulâtre,mamelouk, quarteron…). 

La déclaration des droits de l’homme, en 1789, incite les libres de couleur à revendiquer cette égalité, mais en Martinique, comme à Saint-Domingue, la répression est terrible : en témoigne le massacre de la Fête-Dieu, le 3 juin 1790, à Saint-Pierre. 


Les blancs créoles, de la fin du XVIIIe siècle aux années 1840 s’arc-boutent contre la montée d’une importante élite de couleur, qui envoie un député à la Convention nationale (Janvier Littée, 1792), et font réprimer toute tentative jugée séditieuse (affaire Bissette, 1823-1824).

 Année Esclaves Libres de couleur Blanc Total
 16602 686 -2 849 -
 1685
10 343 - - -
1709 22 384  -8 396 -
174265 490 -16 071 -
178873 4164 851   10 603 -
180479 754 -9 826 -
184276 00031 50010 000 -
184866439 (chiffre de l’indemnité)
72859 (chiffre du recensement)
38 7299 490

Minimum : 114658

Maximum : 121078

La relation maître-esclave : violence et interaction

Pour bien comprendre le système esclavagiste et sa longévité, il est important de comprendre la relation maître-esclave.


En Martinique, cette relation peut avoir un caractère interpersonnel marqué lorsqu’il s’agit de nègres de case, ou de cadres (commandeurs, ouvriers qualifiés). Le journal d’Adrien Dessalles évoque fréquemment des entretiens qu’il a avec certains de ses esclaves. Pourtant, le mélange de crainte et de confiance, la précarité de ces relations sont perceptibles, car elles sont empreintes de violence.


La plus visible, est la violence physique : coercition au travail, châtiments corporels allant du cachot ou de la barre (jambes attachées à une barre horizontale) au fouet, voire au « quatre-piquets » ou au collier de force. Inhumaines, horribles, ces punitions ont été largement médiatisées dans les campagnes pour l’abolition. D’autres violences plus fréquentes, moins spectaculaires, ont exercé un contrôle social plus efficace : violences sexuelles, intimidation, précarité (notamment par les libertés de fait, sans statut légal). 


Deux ans avant l'abolition, la législation vise à adoucir la condition des esclaves (ordonnance du 4 juin 1846). Le pouvoir disciplinaire passe des mains des maîtres aux mains des juges qui envoient les esclaves criminels à la geôle publique, dénommée « mackauline » par référence au ministre Mackau (ancien gouverneur de la Martinique). Ces tardives dispositions se heurtent à l'entêtement des "maîtres qui n'entraient pas assez largement dans l'esprit de la loi".


[1] Attendus de l’arrêté de promulgation du Code civil par le Préfet de Martinique, 18 brumaire an XIV, Arch. Dép. Mart., B24. Cela se traduisait par des interdictions d’exercer certains métiers, l’obligation du respect de l’affranchi envers son maître, et des contrôles tatillons en toute circonstance des titres de liberté.


 
 


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