L'esclavage à la Martinique

ANCETRES ESCLAVES


Les sources principales

En fonction du mode d’acquisition de la liberté et de l’évolution de la réglementation, la trace est conservée soit dans des actes notariés, soit dans les registres d’état civil eux-mêmes, soit dans les deux. Toutefois, il n’est pas garanti de retrouver un écrit, car ce n’est que progressivement que les formalités furent fixées et simplifiées. En remontant le temps à rebours, on consultera :

 

 Les documents à finalité fiscale : feuilles de recensement, déclarations de capitation, registres matricules.

Ce type de document n’existe plus qu’à l’état d’épave en Martinique, contrairement à d’autres îles esclavagistes.

Les documents à vocation fiscale peuvent contenir des indications relatives à des groupements familiaux d’esclaves. 


Ils sont établis principalement par la déclaration du roi du 3 octobre 1730, puis dans les années 1830 par une succession de textes dont les principaux sont les ordonnances du 4 août 1833 et du 11juin 1839 [7]. 

Ils servaient de base à la perception de la capitation, taxe perçue sur les esclaves [8] et sur les libres de couleur. Pour le XVIIe et le début du XVIIIe siècle, certains recensements sont nominatifs, mais étant fort discontinus dans le temps, ils ne permettent guère de faire le lien avec les générations suivantes. Pour la période suivante, aux Antilles, ce ne sont plus que des épaves qui nous ont été transmises, sous forme de minutes de feuilles de dénombrement conservées de façon très éparse dans les archives d’habitations. Les feuilles de recensement, envoyées à la Direction de l’Intérieur [9], n’ont été conservées qu’à la Réunion (sous-série 6M) et en Guyane (sous-série 11M) et fournissent des renseignements précieux (nom, âge, sexe, « caste », éléments de description physique – couleur, cheveux, taille - , profession et mention des changements intervenus (naissance, mariage, décès, vente…) [10].


A partir de l’ordonnance du 11 juin 1839 qui fait sortir définitivement le recensement du champ purement fiscal, de nouveaux formulaires sont introduits, notamment les registres matricules : il s’agit d’un recensement particulier et permanent pour les esclaves, dotés chacun d’un numéro, sur lequel était mentionné le nom de leur maître, et les événements les affectant : décès, vente…Les registres d’individualité, on l’a vu, mentionnent ce numéro. Alors qu’à la Réunion, ils ont été conservés, il est probable qu’aux Antilles, les registres-matricules aient été jugés inutiles, voire même gênants dans les années qui suivirent l’abolition, et de ce fait détruits, sans qu’on puisse retrouver d’instruction officielle en ce sens.


" Art. 6 Dans le mois qui va suivre la clôture du recensement général, il sera formé, à la mairie de chaque commune, un registre contenant la matricule individuelle de tous les esclaves recensés dans ladite commune.

La matricule énoncera le nom et les prénoms du maître, sa profession et le lieu de sa résidence et contiendra relativement à l’esclave toutes les indications prescrites par le 3e paragraphe du §3 de l’art. 2.[ ses nom, sexe, âge et signes particuliers propres à constater son identité].

Art. 8 Les registres matricules seront à souches. Il en sera détaché pour chaque esclave un certificat de recensement qui portera un numéro d’ordre et toutes les indications inscrites sur la souche. Le certificat sera remis au maître, après avoir été signé par le maire et revêtu du timbre de la mairie ". (ordonnance du 11 juin 1839 sur les recensements dans les colonies)




 [7] La dépêche ministérielle du 26 avril 1831 a débouché sur un arrêté local le 11 juin 1832 en Martinique

 [8] En 1832, la capitation des esclaves de culture est remplacée par un droit de sortie calculé sur la production agricole.

 [9] A partir de 1833, les commandants de quartier sont destinataires d’un des exemplaires, si bien qu’on aurait du retrouver dans les archives communales des feuilles de recensement.

 [10] Des exemples de ces documents sont publiés dans Ile de la Réunion, regards croisés sur l’esclavage, 1794-1848, catalogue de l’exposition organisée par le Conseil général de la Réunion, CNH – Somogy, 1998, p.84-85.