L'esclavage à la Martinique

ANCETRES ESCLAVES


Les sources principales

En fonction du mode d’acquisition de la liberté et de l’évolution de la réglementation, la trace est conservée soit dans des actes notariés, soit dans les registres d’état civil eux-mêmes, soit dans les deux. Toutefois, il n’est pas garanti de retrouver un écrit, car ce n’est que progressivement que les formalités furent fixées et simplifiées. En remontant le temps à rebours, on consultera :

 

L’état civil de l’immédiat après abolition 

Datation : 1848 à nos jours

Cote : sous-série 2 E, E-dépôt

Dès la fin de mai 1848, les officiers d’état civil clôturent les registres d’esclaves et enregistrent les naissances, mariages et décès des nouveaux-libres sur les registres ouverts en début d’année pour la population libre uniquement. Généralement, la profession de « cultivateur » permet de reconnaître les affranchis de 1848. Ce terme déjà employé en 1793-94 en Guadeloupe et à Saint-Domingue après la première abolition, servira à désigner les héritiers de la classe servile pendant plus d’un demi-siècle.

Les renseignements fournis par ces registres portent donc sur le nom, prénom, âge, filiation (en général prénom de la mère), le numéro matricule (voir ci-dessous, registres matricules), l’âge, la commune de naissance… En Martinique, il n’est pas possible à travers cette source de connaître l’habitation dont dépendait précédemment l’esclave, et encore moins le nom de son ancien maître [1].


" L’instruction du 8 mai porte en effet que « il paraît suffisant de libeller ainsi, selon le cas, les constations relatives à chaque individu : « Le citoyen (ou la citoyenne) N… (l’ancien nom inscrit) né (ou née) dans la commune de… âgé (ou âgée) d’environ…. ans, fils (ou fille) de…. et de… vivants (ou décédés), domicilié (ou domiciliée) à …. et inscrit (ou inscrite) précédemment au registre matricule des esclaves sous le N°… s’est présenté (ou présentée) devant nous et a reçu les noms et prénoms de….[2] "


On remarque aussi que les campagnes d’enregistrement ont parfois consisté en tournées de l’officier d’état civil, ce qui augmente la probabilité que des esclaves inscrits à la suite aient habité dans le même quartier. Des numéros matricules consécutifs sont aussi un indice.

Les registres d’individualité n’ont été tenus qu’en deux exemplaires, l’un resté dans la commune, l’autre adressé au greffe. La collection des Archives départementales est donc particulièrement précieuse.


On évalue, pour la Martinique, à environ 51 000 le nombre d’inscrits, alors que les recensements dénombraient 72 859 esclaves pour 1847. Il faut dire que les registres de Saint-Pierre ont disparu dans l’éruption de 1902. Une tentative de reconstitution de la liste des esclaves libérés en 1848 a été menée par l’AMARHISFA. Les résultats, publiés en 2015, recensent 2333 personnes avec 1300 patronymes différents.



 [1] Ce qui n’est pas le cas pour la Guadeloupe : au Gosier, Raymond Boutin remarque que l’habitation de résidence du nouveau libre est mentionnée (permettant de remonter sur la piste de l’ancien maître et de pousser la recherche à travers les actes notariés), « Les registres des nouveaux libres en Guadeloupe, une source encore insuffisamment exploitée », in Construire l’histoire antillaise, mélanges offerts à Jacques Adélaïde-Merlande, Paris, éd. du CTHS, 2002, p.89-95.

 [2] Archives départementales de la Martinique, Dépêches ministérielles, mai 1848 (sous-série 1M)